Galaxie / Fiction

Par hasard, je suis un jour tombée sur cette image :



Il s’agit de la couverture d’une vieille revue française de science-fiction : Galaxie. J’ai voulu en savoir plus et voir davantage d’images. Ce que j’ai vu était beau à pleurer, c’était juste magique. Je ne sais plus, il y a quelque chose de rare qui s’est fait.

Il ne faut pas confondre la revue Galaxie dont je vais parler avec « Galaxies », fondée au milieu des années 1990 et dont je ne m’intéresse pas particulièrement. Galaxie fut publiée de 1953 à 1977. De 1953 à 1959, elle fut d’abord éditée par Nuit et Jour (65 numéros), et de 1964 à 1977, par Opta (158 numéros). Parallèlement, Opta publia la revue Galaxie Bis, une sorte de hors-série contenant des romans complets. Galaxie est la version française de la revue américaine Galaxy fondée en 1950 (éditée jusqu’en 1980) par Horace Leonard Gold. Ce mec est cool, il a écrit dans des pulp comme Astounding Science Fiction, il a fait quelques trucs pour DC et des auteurs « malade-mentaux-renouveau-de-la-science-fiction-américaine » écrivaient pour son magazine. Gold a vraiment fait attention à publier de la littérature de qualité et j’en dit pas plus sur Galaxy puisque, encore une fois, un type super sérieux qui s’occupe de l’article Wikipédia dit correctement ce qu’il y a à en dire :

« Galaxy Science Fiction was an American digest-size science fiction magazine, published from 1950 to 1980. It was the creation of editor H. L. Gold, who found a responsive readership when he put the emphasis on imaginative sociological explorations of science fiction rather than hardware and pulp prose. »

J’ai appris que le problème avec Galaxie première série, c’est que les nouvelles étaient mal traduites, réadaptées ou même tronquées. Cela la rend illisible et les numéros sur lesquels je me suis concentrée sont donc naturellement ceux de Galaxie deuxième série (éditions OPTA).

Fiction fut aussi publiée par Opta à partir de 1953 jusqu’à 1990. C’est ainsi la revue française considérée comme ayant été la plus importante du fait de sa longévité (412 numéros), de sa qualité littéraire et parce qu’elle contenait dès le départ des nouvelles françaises et européennes d’auteurs confirmés et débutants (Klein, Curval, Andrevon…) qui rencontrèrent ensuite un énorme succès. Elle fut liée pendant très longtemps à the Magazine of fantasy and science fiction et les nouvelles américaines publiées provenaient toutes de cette revue. Plus tard, cet accord d’exclusivité fut assoupli et des nouvelles provenant d’autres magazines anglo-saxons apparurent au sommaire.

La SF moderne se développe aux USA dans les années 1930 dans le cadre de revues spécialisées américaines même si les thèmes traités ont souvent été inventés auparavant en Europe.  C’est Hugo Gernsback qui va réussir à inaugurer un espace spécifique pour ce genre de récits qu’il baptisera récits de Science-Fiction. Il crée un magazine spécialisé, Amazing Stories, qui sera suivi de nombreux autres et lance ainsi les premiers pulps SF. De plus, il incitera à créer des “conventions” puis des prix, comme le prix Hugo qui existe toujours. La science fiction (le sigle SF et la SF en tant que courant spécifique) apparaît alors véritablement en France dans les années 1950. Dans les années 1960, trois revues de science fiction se partagent le marché français : Galaxie, Fiction et Satellite (rattachée à aucune revue américaine et qui publia des romans cultes. Je n’en parle pas ici parce que je ne l’ai jamais lue). Dans le même temps, des nouvelles de science fiction sont publiées dans des revues et journaux de toute sorte et la plupart des maisons d’édition françaises lançent leur collection de science fiction (Hachette avec son « rayon fantastique » ou Fleuve Noir et la collection « anticipation »).

Ce qui est intéressant, c’est que Fiction ou Galaxie font complètement partie de l’histoire de la science-fiction et lorsque tu tiens ces trucs dans les mains, t’as un peu la larme à l’oeil. Il y avait les nouvelles ou les romans d’auteurs américains confirmés qui paraissaient pour la première fois en France mais il y avait aussi les milliers d’anonymes un peu fous qui  envoyaient leurs histoires, tentaient leur chance comme à la Nouvelle Star et tu te retrouves alors à lire l’une des premières nouvelles de Curval. Galaxie et Fiction se trouvent à la confluence de deux époques fondamentales de la science fiction. D’une part, les années 1930 à 1950, période marquée par la popularisation de la SF chez le grand public américain à travers les fameuses revues spécialisées (premiers pulps SF) ayant inspiré les magazines français (par exemple : Weird Tales en 1923 ; Amazing Stories en 1926 ; ou Astounding Science Fiction en 1930). La plupart des histoires alors racontées sont sommaires : elles reposent sur une trame narrative assez faible dans laquelle l’action, les aventures et les péripéties s’enchaînent sans véritable cohérence. En fait, elles sont souvent une excuse à la création de mondes complètement chelous et à l’irruption de machines extraordinaires ou de monstres crados. D’autre part, les deux revues s’inscrivent complètement dans les années 1960 et 1970 marquées par l’apparition ou la consécration des grands maîtres et par la maturation du genre. Grâce à de bonnes grosses connaissances scientifiques, des auteurs comme Isaac Asimov, Ray Bradbury, Alfred Van Vogt, Arthur C. Clarke, John Brunner, J.G. Ballard, Michael Moorcock … sont à même d’extrapoler une idée, un principe et d’en tirer un argument littéraire, des histoires bien lourdes avec une plausibilité scientifique très forte (aujourd’hui, ce genre de trucs s’appelle la « hard science »). De plus, les auteurs évoluent et passent à une analyse plus profonde de la société, de la politique, de l’expérimentation des drogues ou du sexe.

Dans un certain sens, Galaxie et Fiction suppriment ainsi cette espèce de distinction élitiste qui existait entre une science fiction populaire douteuse et seulement intéressée par le chiffre et une littérature lettrée et légitime. Ces revues furent le moyen pour un nombre de lecteurs français grandissant d’avoir accès à des nouvelles de qualité au travers de ces outils de diffusion de masse peu couteux que constituaient à l’époque les pulps. Avec des collections telles que celle de Fleuve Noir, ce sont ces revues qui furent à l’origine de la popularisation de la SF en France. Plus important, elles furent également à l’origine de la SF française. Ainsi, malgré le fait qu’environ les 4/5 des textes publiés dans ces revues étaient d’origine américaine, elles ont véritablement permi à une nouvelle génération d’auteurs français d’émerger. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’importation de modèles et de matériaux étrangers n’a pas desservi ni asservi la science fiction française qui, à cette époque, stagnait. Elle lui a donné l’occasion de se régénérer et cette résurrection est passée par une restructuration du champ de l’édition SF, l’émergence de nouveaux auteurs, et la création d’une nouvelle image de marque du genre.

En parlant de l’image, j’ai dit « magique », j’ai dit « rare ». Ouais, il y a un truc magique et rare qui se fait quand tu tiens un Galaxie. C’est sentimental! Tu lis quelque chose de bien et en plus, c’est beau. C’est grâce aux illustrations que j’ai découvert ces revues, c’est par là que j’ai commencé cet article et c’est par là que je vais le terminer. J’aurais sincérement voulu consacrer exclusivement mon post aux « illustrations des revues françaises de science fiction des années 1960 et 1970 ». Mais, outre le fait que ce titre d’article est trop long et moche, je ne maitrise pas du tout tout le machin autour de l’imagerie pulp / SF. Comme dans les pulps américains des années 1930, dans Galaxie ou Fiction, l’image est omniprésente. Si dans le premier cas, il y a quelque chose de cool et de ringard à la fois, dans le cas des revues françaises, il y une espèce de poésie et de tristesse inexplicables. Les illustrateurs qui s’occupent des couvertures des revues sont souvent les mêmes que ceux qui font celles des livres de poche aparus dans les années 1930. A cet égard, ce sont les couvertures de la maison J’ai Lu qui sont pour moi les plus belles et les plus intéressantes.

Philippe CazaWojtek Siudmak

Par exemple, deux de mes artistes préférés, Wojtek Siudmak et Philippe Caza ont participé aux couvertures des cycles d’Asimov, de Jack Vance ou de Van Vogt. De très bon illustrateurs français sont révélés au grand public grâce à ces couvertures (Philippe Druillet, dessinateur de BD cultes comme Salammbô, travaillait pour OPTA).

J’ai selectionné quelques couvertures et sur le titre des revues, il y a un lien vers un excellent site qui liste de façon très complète les revues de SF françaises avec, pour chaque numéro, la couverture du mois et le nom des écrivains :
Galaxie :

Romain SlocombeJ.C Sayag


Fiction :

Philippe CazaMarc Dekeister


Bon, aujourd’hui l’illustration SF pour la presse ou l’édition, c’est principalement des machins ignobles, ultra gay. Si on me demande quel est le truc le plus ringard de la terre, je répondrai certainement les anorexiques et l’imagerie SF et fantasy. Je comprends vraiment pas, il s’est passé quelque chose, une sorte d’apocalypse graffique et numérique et maintenant, c’est l’enfer. Même (surtout) les illustrateurs qui faisaient des trucs mortels dans les années 1970 font désormais des choses… je ne peux pas en parler, prenez l’exemple de Siudmak!



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