Yuichi Yokoyama
Yuichi Yokoyama fait de l’art contemporain en manga.

Pourquoi parler de lui ici? Parce que comme nous il aime les reportages sur les extraterrestres, comme nous il a pété un plomb en voyant Solaris et Stalker de Tarkovski. Cependant ses histoires futuristes ne s’intéressent pas à notre futur. Yuichi Yokoyama nous fait découvrir des personnes radicalement différentes, avec des codes sociaux et esthétiques qui nous dépassent car leur culture n’a rien de semblable à ce que nous connaissons. Aucun jugement moral de l’auteur ne transparait, pas d’idées entre les cases, on est temoin que de ce qui se voit à l’œil nu.
Sa BD est hors du temps, les personnages ne sont pas intégrés dans une Histoire et on ne les distingues pas selon les codes habituels de la littérature. Leurs personnalités et leurs émotions sont plus que secondaire, elles sont inexistantes. C’est le mouvement de leurs corps qui compte. Un mouvement dans un espace complexe, artificiel et minimaliste. Les dialogues ne sont présents que pour souligner une action. Pourtant, au fur et à mesure que nous retrouvons des personnages, ils nous semblent familiers, ça devient des potes.
Si ses compostions de pages, et donc sa manière de faire s’écouler le temps, ne sont pas révolutionnaire, la progression de son récit l’est. Le meilleur exemple est peut être ‘Grands travaux’ où toutes les cases sont identiques et même interchangeables tant l’action est décousue. Il n’y a pas de début ou de fin dans les récits de Yokoyama, ceux-ci sont décidés arbitrairement, il s’explique :
“L’écriture de l’histoire n’est jamais achevée, elle se trouve seulement dans une situation provisoirement arrêtée. J’arrête une histoire quand elle a atteind un certain niveau de complétude au regard du but que je lui avais assigné. […] Pour ‘Travaux publics’, par exemple, j’ai d’abord dessiné la troisième case de vingt-cinquième page. J’ai pensé ensuite au temps qui s’était écoulé jusqu’à cette case et à la scène qui allait en découler.”
Extrait de son entretien à la fin de ‘Combats’
Un recueil de ses oeuvres à été publié il ya quelques années aux éditions Matière. Comme ça s’est pas vraiment vendu on en trouve de temps en temps en librairie à des prix indécents vu la qualité du truc.
En lisant ‘Combats’ j’écoutais le premier mix de D.O.T (enfin). Selection de grooves solides, presque minimal, beaucoup de poésie. Un peu comme ses productions qui se font encore trop rare, mais du neuf arrive, j’en suis sûr. En bonus un titre plein d’amour de Art of Raw avec en featuring Lil’ Wayne et Birdman. Je suis content de les retrouver ensemble même si Lil’ Wayne ne lâche toujours pas l’autotune.